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Ce Zoé kai Psuké, dans un hideux conflit,
Récemment étouffé sous le drap de ton lit ?
On sait tout ce que peut sur la faiblesse humaine,
La dangereuse voix d’une impure syrène.
Plus prompts que le toucher, ses lubriques accents
De l’impuissance même éveilleraient les sens ;
Mais, va ! ce doux refrain des amoureux mystères,
Plus mollement qu’Emus en vain tu le profères,
De dix lustres complets entassés sur ton front,
Tu n’en portes pas moins l’ineffaçable affront.

Si l’amour ne doit pas survivre à l’hyménée,
A quoi bon, Posthumus, en presser la journée ?
A quoi bon ce banquet, ces gâteaux délicats,
Friandise indigeste à la fin du repas ;
Et ce riche bassin, prix d’une ardeur pudique,
Où brille en pièces d’or le vainqueur germanique ?


Mais si, de ton épouse amant respectueux,
Tu veux bien consentir à combler tous ses vœux,
Au joug, d’un cœur soumis, cours présenter ta tête.
Toute femme prétend régner sur sa conquête :
Toutes, insultant même à l’amour d’un époux,
Se font de son tourment le plaisir le plus doux.
Et quand même la tienne à son devoir fidèle,
Répondrait à l’ardeur dont tu brûles pour elle,
Tu n’en serais pas moins pillé, persécuté :
L’amant le plus docile est le plus maltraité.
Oui, ta femme à son gré fera tout sans ton ordre :
Rien de ses volontés ne la fera démordre :
Elle seule aura droit de vendre, d’acquérir :
Elle te prescrira ceux que tu dois chérir :
L’ami que ta maison a connu dès l’enfance,
De paraître chez toi recevra la défense ;
L’histrion, le lutteur, dans ses droits respecté,
Dispose de ses biens en pleine liberté :
Toi, contraint de souscrire un codicile infâme,