Page:Rameau - La Vie & la Mort, 1888.djvu/9

Cette page a été validée par deux contributeurs.



Et la terre m’a dit : — « Pleure, homme aux yeux moroses !
Car tes deux bras ont beau serrer avec émoi
Ta Belle aux yeux si bleus, ta Belle aux mains si roses :
Un jour aussi, vois-tu, je la serrerai, moi ! »


LA LÉGENDE DE LA TERRE


Lorsque le Créateur eut ébauché l’espace,
Le grand espace morne aux champs illimités,
Il prit sur son épaule une longue besace
Où l’on oyait un bruit confus d’astres heurtés.

Et plongeant dans le sac ses mains miraculeuses,
Comme un semeur pensif, à pas lents et pareils,
Il parcourut l’éther aux plaines fabuleuses,
Ensemençant le vide énorme de soleils.

Il en jeta, jeta par monceaux fantastiques,
Par monceaux lumineux, par monceaux effrayants ;
Et les sillons du ciel fumèrent, extatiques,
Sous les pas du Semeur aux gestes flamboyants.

Il en jeta, jeta, de sa dextre éperdue,
Largement, en tous lieux, par grands jets bien rythmés ;
Et les étoiles d’or fuirent dans l’étendue
Comme un essaim bruyant d’insectes enflammés.

« Allez ! allez ! disait le grand Semeur de mondes ;
Allez, astres ! germez dans les steppes des cieux !
Peuplez les champs d’azur de vos floraisons blondes !
Allez, chantants ! allez, charmés ! allez, joyeux !