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Et la voix dit alors : « Va ! l’œuvre est accompli !
Va, vibrant, va, pieux, sur la Terre charmée !
Fais gronder les volcans dont ton front est rempli !
Fais éclore les fleurs dont ton âme est formée !

« Va, chante les printemps ! va, célèbre les cieux !
Sois triste et sois joyeux, sois tendre et sois farouche !
Et que l’homme en oyant ton verbe harmonieux
Croie entendre crouler des astres de ta bouche !

« Que ton front resplendisse ainsi qu’un firmament !
Que ta parole embaume ainsi que les verveines !
Et qu’aux heures d’amour ton grand cœur véhément
S’enflamme des soleils charriés par tes veines !

« Souviens-toi que tu fus globe, zéphyr, rayon,
Tout ce qui luit, ce qui murmure, ce qui fleure,
Sois l’orgue émerveillé de la Création
Où formidablement tout s’extasie ou pleure !

« Et chante, chante encor ! chante, chante sans fin !
Chante, ayant des concerts d’étoiles dans la tête !
Et deviens immortel, ô mon œuvre divin :
Univers enfermé dans un homme : ô Poète ! »