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« Enfin ! je suis tranquille et peux reprendre haleine ! »
Le noir Monarque alla
S’assoupir mollement sur un dos de baleine…
Mais tout-à-coup il vit des tubes et trembla ;
Des plongeurs étaient là !

« Ah ! va-t-on me laisser la paix ? rugit le Diable
Je suis las à la fin ! »
Et traversant la mer d’un seul bond effroyable,
Maigre, mince, accourci par le froid, par la faim
Menu, menu, fin, fin.

Si fin qu’il se pouvait rouler en une boule
Pas plus grosse que ça,
Il revint sur la Terre ; et, voyant dans la foule
Un cœur de jeune femme, il se rapetissa,
Puis, malin, s’y glissa !

« Plus faux que mer, plus dur que roc, plus faux que glace !
Merveille des séjours !…
Hum ! dit le Diable, en paix que d’ici l’on me chasse ! »
Et de fait, malgré l’Homme, hélas ! et les Amours,
Le Diable est là, toujours.



LES CIGALES


 
Comme un grand chien de pourpre aux cent langues dorées,
Le soleil mord la plaine et pompe les torrents ;
Et sentant ses crocs vifs dans leurs fronts odorants,
Les Pins pleurent tous bas leurs résines sacrées.