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à ses fins les plus diverses et les plus élevées par les moyens les plus simples.

Lucrèce était frappé déjà de la diversité des effets que l’on peut obtenir par un petit nombre de causes, il l’aurait été bien davantage s’il avait connu ce que la science nous révèle aujourd’hui : « Car, dit-il, les principes à l’aide desquels ont été construits le ciel, la mer, la terre, les fleuves et le soleil, sont les mêmes qui, mêlés avec d’autres et diversement arrangés, ont formé les grains, les arbres et les animaux. Ne remarques-tu pas, dans ces vers que tu lis, les mêmes lettres communes à plusieurs mots ? Cependant, les vers et les mots diffèrent beaucoup, soit par les idées qu’ils présentent, soit par le son qu’ils font entendre : telle est la différence que met entre les corps l’arrangement seul des éléments. » Lucrèce affectionnait cette comparaison, il l’a répétée aux livres I et II.

Aristote, rendant compte des doctrines de Leucippe et de Démocrite, rapporte également cette comparaison : « Les atomes, dit-il, sont comparés par Leucippe et ses disciples aux lettres de l’alphabet : avec les mêmes lettres on peut composer une tragédie ou une comédie : tout dépend de l’ordre suivant lequel on les arrange[1]. »

Hâtons-nous de laisser cette partie transcendante de la science, trop abstraite peut-être pour l’ouvrage qui nous occupe, et venons à l’étude plus pratique de chacun des agents de la nature en particulier.


  1. De Generatione et Corruptione.