Page:Rambosson - Histoire des Météores, 1883.djvu/396

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


précurseurs d’aventures sinistres, dont chacun faisait l’application d’après les rêves de son imagination, ses désirs ou ses craintes :

Longtemps l’erreur les crut, dans ces âpres climats,
Le reflet des glaçons, des neiges, des frimas,
Des esprits sulfureux exhalés de la terre,
Qui présageaient la mort, la discorde ou la guerre,
Et jusque sur leur trône épouvantaient les rois.

(delille.)

Accoutumés à ce spectacle, effrayant pour les peuples du Midi, les Lapons, les Groënlandais, les Kamtschadales n’en sont point émus. Les Groënlandais, qui font jouer aux boules les âmes heureuses dans leurs champs Élysées, croient que ces grandes scènes de la nature sont les danses de ces mêmes âmes.

L’aurore boréale a été observée par les anciens. Pline veut sans doute désigner ce phénomène quand il parle en ces termes :

« On voit, dit-il, des torches, des lampes ardentes, des lances, des poutres enflammées dans toute leur longueur. On voit encore, et rien n’est d’un plus terrible présage, un incendie qui semble tomber sur la terre en pluie de sang, ainsi qu’il arriva la troisième année de la cent septième olympiade, lorsque Philippe travaillait à soumettre la Grèce. »

Dans un autre endroit, il dit « qu’on a vu des armées dans le ciel ; qu’elles ont paru se choquer, qu’on a entendu le bruit des armes et le son des trompettes. »

Vers la fin du seizième siècle, à la suite de quelques aurores boréales, des troupes de dix à douze mille péni-