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Il me semble en écrivant ces pages que je visite de nouveau la patrie d’Ossian, que les échos des anciens bardes viennent frapper mon oreille à travers les siècles ; que je parcours encore ces régions où l’astre du jour se fait pressentir à minuit ; que je contemple le météore radieux qui embrase les pôles de lueurs resplendissantes ; que je me promène en rêveur au milieu de ces villes gracieuses de la Finlande, aux rues larges, aux maisons propres que l’on dirait habitées par des femmes à la fois vertueuses et coquettes. Puis, je remonte la Newa, et bientôt j’aperçois la capitale aux dômes d’or et d’azur où respire encore le génie de Pierre le Grand ; je descends ces régions où les glaces du pôle et les chaleurs torrides semblent se confondre ; et puis, hélas ! sur mon passage un vaste cimetière, cimetière d’une nation martyre. Pauvre Pologne ! comme on frissonne en foulant ton sol ! on pleure et on prie avec tes veuves et tes orphelins ! on est oppressé, on passe, on passe vite, mais ton souvenir demeure comme un deuil et comme une espérance !

Je gravis par la pensée les pentes rapides du cône du Vésuve ; j’entends les effroyables détonations des laves embrasées, je respire les vapeurs acres et brûlantes qui s’élèvent dans l’atmosphère radieuse, je me baigne dans la lumière éblouissante de ces contrées enchanteresses, je tressaille sous la libre voûte des cieux profonds ! La fournaise mugissante à mes pieds et qui dévore les entrailles du globe prépare ma nourriture, et le lacryma-Christi, né sur les flancs du cratère, s’épanchant en flots de rubis dans ma coupe agreste, complète en moi l’illusion inspirée par la fable antique, et me fait croire pour