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pour atteindre les voiles qui sont encore sur les mats : ils grimpent et se coulent comme des panthères sur les vergues. Avec quelle anxiété on les suit du regard ! À chaque instant il semble que la rafale va les précipiter à la mer, ce qui n’arrive, hélas ! que trop souvent.

Incessamment, le cyclone agit avec de nouvelles forces, et s’engouffrant dans les voiles fait prendre à notre navire une position presque perpendiculaire, la puissance du vent dans les voiles faisant équilibre au chargement.

Cependant cette situation ne saurait se prolonger longtemps : l’angoisse augmente, elle est presque à son comble, lorsque tout à coup un bruit inouï, plus terrible et plus sinistre que celui de la tempête elle-même, retentit comme un fracas de tonnerre : ce sont les voiles qui éclatent, qui sont réduites en charpie et clapotent ensuite sur les mâts et les vergues, qui se brisent et se dispersent en mille fragments.

X.

Le navire, qui plonge dans l’eau presque perpendiculairement, se redresse avec toute la puissance que peuvent lui donner les marchandises lourdes dont il regorge : il semble éclater de toutes parts ; un frémissement, une trépidation stridente se communique à toutes ses parties, à tous les objets qu’il porte et fait éprouver à tous les passagers un déchirement, une angoisse infinie, jointe à une terreur suprême.

Tout cela se passe en un instant, et dans cet instant