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Mais nous, qui étions impatients de faire du chemin, nous avions laissé quelques voiles sur nos mâts, afin de profiter des petites brises qui de temps à autre venaient errer auprès de notre navire ; voiles neuves et fortes que l’on met exprès pour résister aux tourmentes du Cap.

IX.

Enfin, dans une après-midi, tout à coup, et au moment où on y pensait le moins, la voix du capitaine se fait entendre : un commandement pressé et sinistre est répété par les matelots, qui volent aux haubans, grimpent sur les mâts et les huniers ; l’ouragan a été aperçu de loin, il accourt, il nous atteint, il nous secoue comme l’auraient fait des décharges d’artillerie.

Notre navire est ébranlé jusque dans ses fondements ; l’eau de la mer réduite en pluie fine et pressée nous enveloppe comme d’un manteau ; bientôt elle nous aveugle et nous ensevelit sous d’immenses torrents diluviens.

Les voyageurs surpris et éperdus se réfugient à l’entrée du salon sous une espèce d’auvent, pour être un peu à l’abri et en même temps pour mesurer l’étendue du danger.

Nous ne voyons plus ni ciel ni mer ; des bruits formidables nous assourdissent ; les vagues monstrueuses qui grondent, les craquements du navire, les sifflements des rafales dans les cordages et les haubans, les rugissements de la mer au large, les balancements effrayants du navire à droite, à gauche, en avant, en arrière ; les tor-