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« Ces deux banquises provenaient des glaciers du Groënland, qui poussent constamment leurs fronts de glace vers l’Océan jusqu’à ce que, avancés en mer à une certaine profondeur, des fragments se détachent et soient emportés par le courant arctique. Ces blocs ont été probablement formés il y a des siècles, à des centaines de milles des côtes, dans les vallées solitaires et désolées des montagnes du Groënland, par la neige compacte qui se dissout d’abord partiellement et se congèle ensuite par la pression des masses accumulées, sous la forme de rivières de glaces qui descendent jusqu’à la côte, d’où elles sont expulsées à l’état de banquises.

« Ces deux blocs de glaces, venus à la côte, y sont restés pendant plus de quinze jours. Le plus grand a commencé à éprouver les effets d’une atmosphère plus douce, des ruisseaux coulent le long de ses flancs ; un lac s’est formé sur son large sommet ; plusieurs de ses tourelles se sont écroulées tout d’un coup dans l’Océan ; le long de la surface on pouvait distinguer des fissures ; et enfin, avec un bruit semblable à celui du tonnerre, il s’est brisé en mille fragments et a couvert l’Océan de ses épaves comme dans un naufrage.

« L’autre bloc était d’une plus grande solidité ; il a mieux résisté à la chaleur, mais, dans une grande marée, le vent soufflant de terre, il a repris sa route vers la pleine mer pour continuer son voyage jusqu’à ce qu’il disparaisse dans le cours dissolvant du Gulf-Stream. Il n’est pas rare de voir des quartiers de rocs enchâssés dans les banquises détachées des montagnes arctiques. »

Un éminent écrivain et sagace observateur, duquel on