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rieuse de notre globe, la Société géographique de Paris décerna le premier de ses prix à l’intrépide explorateur de l’océan Arctique. Malheureusement, ce sympathique hommage n’a pu être qu’un laurier funèbre, qu’une couronne sur un cercueil. Le docteur Kane avait succombé à la Havane, le 16 février 1857, à une maladie contractée au milieu des glaces ; on n’affronte pas impunément d’aussi longues souffrances et d’aussi fortes émotions.

Nous n’ajouterons rien à cet extrait du beau travail de M. Julien ; nous ferons seulement remarquer que l’on ne sait ce qu’il faut le plus admirer ici, entre la science, qui a prévu l’existence de cette mer libre au milieu des glaces polaires, et l’habile et courageux explorateur qui l’a découverte.

De nouvelles expéditions se préparent pour aller explorer ces régions encore pleines de mystères pour nous : nous ne saurions trop encourager les entreprises dirigées en ce sens, car, en dehors de l’intérêt scientifique qu’elles présentent, nous trouvons que c’est une des gloires de l’humanité de posséder des natures généreuses qui préfèrent au doux repos les orageuses perspectives, dans l’intention de doter le monde de découvertes utiles ; c’est d’ailleurs l’indice d’une âme élevée que cet attrait pour les sensations ineffables que procurent le péril et l’inconnu lorsqu’un but louable s’y rattache. C’est l’ivresse du savant, du héros, du martyr ! sainte ivresse, qui élève le niveau moral des âmes.