Page:Rambosson - Histoire des Météores, 1883.djvu/23

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


débuts le champ de bataille se prépare, que les armées s’ébranlent et que le signal retentissant du combat se fait entendre !

Il semble que rien ne soit au-dessus de ce moment solennel ; cependant il y a quelque chose de plus grandiose, de plus émouvant : c’est un navire aux prises avec un cyclone au sein de l’Océan.

Là, aucune ivresse : on ne voit pas au vent flotter les couleurs de la patrie, l’audace et la valeur ne sont pas inspirées par les airs nationaux et la perspective éblouissante de la gloire. Mais devant soi se présentent les abîmes solitaires, les entrailles des monstres marins qui apparaissent dans toute leur horreur.

J’ai été quelquefois acteur dans ces combats des mers, et je vais tâcher d’en donner une idée.

VIII.

Nous étions une quinzaine de passagers aux environs du cap de Bonne-Espérance, sur un magnifique trois-mâts de quinze à dix-huit cents tonneaux, servi par une trentaine de matelots.

Pleins des souvenirs des êtres chers que nous quittions et des êtres non moins chers que nous allions revoir, nous nous efforcions de tromper le temps, qui est si long dans ces circonstances, en nous occupant soit à lire, soit à pêcher, et, suivant les parages, à contempler les habitants de la mer qui s’offrent au regard : baleines, souffleurs, requins, dorades aux mille nuances, poissons volants au