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IV.

Telles sont les dernières conclusions auxquelles on est parvenu, n’ayant que la science seule pour guide, et tel est aussi le sens de toutes les instructions que reçurent de nos jours les hardis navigateurs qui se disputèrent le dangereux honneur des missions d’exploration et des expéditions envoyées à la recherche de sir John Franklin.

L’idée de rencontrer une mer libre au centre même de la zone polaire est sans doute une idée de nature à vivement frapper l’imagination et à découvrir à l’esprit tout un monde nouveau de conjectures et de rêves. Où vont en effet ces nuées d’oiseaux que l’on voit chaque année émigrer, vers le Nord, abandonnant les bords de la rivière de Mackenzie, pour disparaître à l’horizon vers les régions septentrionales ? L’instinct qui les dirige ne peut être trompeur. Ne sont-ils pas certains de trouver un ciel plus clément, et ne sont-ils pas sûrs de trouver un abri derrière cette infranchissable barrière que nous offrent, à nous, les abords de ces inhospitalières contrées ?

La baleine elle-même, la prudente baleine, traquée de toutes parts, semble avoir rencontré au delà de cette ceinture de glaces un cercle inaccessible à l’homme, où elle peut déposer en paix le fruit de ses amours. C’est dans une pareille mer libre, au centre de l’océan Austral, que le romancier américain Edgard Poë a placé sa mystérieuse histoire de Gordon Pym, et la fantastique apparition de son grand spectre blanc, se dessinant au