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Blaud sous le nom de vent de Pas. Ce vent souffle sur toute la vallée jusqu’à trois cents mètres au delà du village, d’abord dans la direction de l’ouest, ensuite dans celle du nord-ouest, à cause de la courbure du vallon. Il ne se repose jamais, mais il se ralentit souvent et passe par tous les degrés de force. On l’a vu déraciner des arbres, et d’autres fois on ne l’a senti qu’à peine, même en se plaçant devant les soupiraux. En été, et lorsque le temps est serein, il tombe sur la vallée avec la plus grande force ; mais en hiver, et dans les temps nébuleux et pluvieux, il s’adoucit et épargne les habitants du canton. Comme les oiseaux de nuit, il reste dans les sombres cavernes durant le jour, mais à peine le soleil commence-t-il à baisser qu’il se fait sentir ; il augmente avec l’obscurité, souffle toute la nuit et cède enfin à la lumière renaissante. Quand il n’est pas en fureur, c’est un hôte agréable pour les paysans de Blaud ; il rafraîchit en été leur vallon ; les soupiraux par lesquels il sort sont leurs glacières ; les bouteilles de vin y deviennent fraîches comme dans la glace ; ils attendent, le soir, l’arrivée du vent pour vanner leur blé, et en hiver ce vent écarte, par son souffle tempéré, la gelée blanche de leur territoire ; il entretient en général pendant toute l’année dans ce vallon une température à peu près égale ; bienfait précieux dans une province où un froid très vif succède tout à coup à de grandes chaleurs. Le petit vallon sur lequel le vent de Pas domine, et qu’il a pris pour ainsi dire sous sa protection, est un des plus heureux districts de la France. Le terrain y abonde en fruits ; on y connaît peu les infirmités, et l’on y vit quelquefois un siècle et même davantage.