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chants de triomphe ; ils sont également les messagers du deuil et de l’allégresse. Voici quelques vers dont l’auteur nous est inconnu, mais qui expriment bien ces rôles variés :

Dieu ! que le vent d’hiver est sombre !
Qu’il gémit tristement ce soir !
Est-ce le frôlement d’une ombre
Qui près de moi viendrait s’asseoir ?
Seriez-vous donc, vastes rafales,
Un écho de l’âme des morts !
Vos gémissements dans les salles
Sembleraient traîner un remords.
Auriez-vous donc, dans la nuit sombre,
Soufflé sur le vaisseau qui sombre
Et dispersé sur ses débris
Son peuple de marins ? Les âmes
Des corps engloutis sous les lames
Pleurent-elles sous ces lambris ?
Des mers, ô lugubre puissance,
Que tu fais gémir de sanglots !

Dans un seul soupir tu rassembles
Les bruits recueillis en passant.
Je prête l’oreille : il me semble
Entendre le choc du brisant,
La voix du récif et du gouffre,
La plainte de l’âme qui souffre
Fantôme des landiers déserts,
Les cris des discordes civiles,
Dont les flots râlent dans nos villes,
Comme la vague au bord des mers.
Combien de fois, bise homicide,
Ton souffle a-t-il flétri les jours
De la vierge belle et candide,
Rose des premières amours,
Quand au sortir du bal folâtre
Tu glissas sur son front d’albâtre,