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président du grand conseil ; M. de Harlay et M. de Bagnols, aussi conseiller d’État, et le célèbre M. Le Nain de Tillemont, qui a tant édifié l’Église, et par la sainteté de sa vie, et par son grand travail sur l’histoire ecclésiastique.

Cette instruction de la jeunesse fut, comme j’ai dit, une des principales raisons qui animèrent les jésuites à la destruction de Port-Royal, et ils crurent devoir tenter toutes sortes de moyens pour y parvenir. Leurs entreprises contre le livre de la Fréquente communion ne leur ayant pas réussi, ils dressèrent contre leurs adversaires une autre batterie, et crurent que les disputes qu’ils avaient avec eux sur la grâce leur fourniraient un prétexte plus favorable pour les accabler. Ces disputes avaient commencé vers le temps même que la Fréquente communion parut, et ce fut au sujet de l’Augustinus de Jansénius, évêque d’Ypres. Dans ce livre, imprimé depuis sa mort, cet évêque, en voulant établir la doctrine de saint Augustin sur la grâce, y combattait fortement l’opinion de Molina, jésuite, homme fort audacieux, et qui avait parlé de ce grand docteur de l’Église avec un fort grand mépris. Les jésuites, intéressés à soutenir leur confrère sur une doctrine que toute leur école s’était avisée d’embrasser, s’étaient fort déchaînés contre l’ouvrage et contre la personne même de Jansénius, qu’ils traitaient de calviniste et d’hérétique, comme ils traitent ordinaire-