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sont chez eux des livres défendus. Ainsi, pour savoir si un fait est vrai, le jésuite s’en rapporte au jésuite. De là vient que leurs écrivains ne font presque autre chose dans ces occasions que de se copier les uns les autres, et qu’on les voit avancer comme certains et incontestables des faits dont il y a trente ans qu’on a démontré la fausseté. Combien y en a-t-il qui sont entrés tout jeunes dans la compagnie, et qui sont passés d’abord du collège au noviciat ! Ils ont ouï dire à leurs régents que le Port-Royal est un lieu abominable : ils le disent ensuite à leurs écoliers. D’ailleurs c’est le vice de la plupart des gens de communauté de croire qu’ils ne peuvent faire de mal en défendant l’honneur de leur corps. Cet honneur est une espèce d’idole à qui ils se croient permis de sacrifier tout, justice, raison, vérité. On peut dire constamment des jésuites que ce défaut est plus commun parmi eux que dans aucun corps ; jusque-là que quelques-uns de leurs casuistes ont avancé cette maxime horrible, qu’un religieux peut en conscience calomnier, et tuer même les personnes qu’il croit faire tort à sa compagnie.

Ajoutez qu’à toutes ces querelles de religion il se joignit encore entre les jésuites et les écrivains de Port-Royal une pique de gens de lettres. Les jésuites s’étaient vus longtemps en possession du premier rang dans les lettres, et on ne lisait presque d’autres