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Les religieuses des Champs étaient à peine établies que la guerre civile s’étant allumée en France, et les soldats des deux partis courant et ravageant la campagne, elles furent obligées de chercher leur sûreté dans leur maison de Paris [1652]. Plusieurs religieuses de divers monastères de la campagne s’y venaient aussi réfugier, et y étaient toutes traitées avec le même soin que celles de la maison. Mais la guerre finie [1653], on retourna dans le monastère des Champs, qui n’a plus été abandonné depuis ce temps-là. Plusieurs personnes de qualité s’y venaient retirer pour y chercher Dieu dans le repos de la solitude, et pour participer aux prières de ces saintes filles. De ce nombre étaient le duc et la duchesse de Liancourt, si célèbres par leur vertu et par leur grande charité envers les pauvres ; ils contribuèrent même à faire bâtir dans la cour du dehors un corps de logis, qui est celui que l’on voit encore vis-à-vis la porte de l’église. La princesse de Guéméné, la marquise de Sablé et d’autres dames considérables par leur naissance et par leur mérite firent aussi bâtir dans les dehors de la maison de Paris, résolues d’y passer leur vie dans la retraite, et attirées par la piété solide qu’elles voyaient pratiquer dans ce monastère.

En effet, il n’y avait point de maison religieuse qui fût en meilleure odeur que Port-Royal. Tout ce qu’on en voyait au dehors inspirait la piété ; on admirait la