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envoya ces livres en France, et ils y furent aussitôt censurés par l’archevêque de Paris, puis par la Sorbonne, et enfin par une grande assemblée d’archevêques et évêques. Les jésuites de France n’abandonnèrent pas leurs confrères dans une cause que leur conduite dans tous les pays du monde fait bien voir qu’ils ont résolu de soutenir. Ils publièrent, contre toutes ces censures, des réponses où ils croyaient avoir terrassé la Sorbonne et tous les évêques.

Tous les gens de bien frémissaient de voir ainsi fouler aux pieds la hiérarchie que Dieu a établie dans son Église, lorsqu’on vit paraître, sous le nom de Petrus Aurelius un excellent livre qui mettait en poudre toutes les réponses des jésuites. Ce livre fut reçu avec un applaudissement incroyable. Le clergé de France le fit imprimer plusieurs fois à ses dépens, s’efforça de découvrir qui était le défenseur de l’épiscopat ; et, ne pouvant percer l’obscurité où sa modestie le tenait caché, fit composer en l’honneur de son livre par le célèbre M. Godeau, évêque de Grasse, un éloge magnifique qui fut imprimé à la tête du livre même.

Les jésuites n’étaient pas moins en peine que les évêques de savoir qui était cet inconnu ; et comme la vengeance a des yeux plus perçants que la reconnaissance, ils démêlèrent que si l’abbé de Saint-Cyran n’était l’auteur de cet ouvrage, il y avait du moins la principale part. On jugera sans peine jusqu’où