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contre les religieuses de Port-Royal, les traitant de folles, d’embéguinées, de novatrices, de schismatiques même, et ils parlaient de les faire excommunier. Ils avaient pour eux l’assistant du général, grand chasseur, et d’une si profonde ignorance qu’il n’entendait pas même le latin de son Pater. Mais heureusement le général, nommé dom Boucherat, se trouva un homme très sage et très équitable, qui ne se laissa pas entraîner à leurs sentiments.

Plusieurs maisons non seulement admirèrent cette réforme, mais résolurent même de l’embrasser ; et l’on crut partout qu’on ne pouvait réussir dans une si sainte entreprise sans le secours de l’abbesse de Port-Royal. Elle eut ordre du général de se transporter dans la plupart de ces maisons, et d’envoyer de ses religieuses dans tous les couvents où elle ne pourrait aller elle-même. Elle alla à Maubuisson, au Lys, à Saint-Aubin, pendant que la mère Agnès Arnauld, sa sœur, et d’autres de ses religieuses allaient à Saint-Cyr, à Gomer-Fontaine, à Tard, aux îles d’Auxerre, et ailleurs. Toutes ces maisons regardaient l’abbesse et les religieuses de Port-Royal comme des anges envoyés du ciel pour le rétablissement de la discipline. Plusieurs abbesses vinrent passer des années entières à Port-Royal, pour s’y instruire à loisir des saintes maximes qui s’y pratiquaient. Il y eut aussi un grand nombre d’abbayes