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elles pensaient ? On répondait qu’elles devaient s’en fier à la décision de deux papes ; mais elles avaient appris de toute l’Église que les papes, ni même les conciles, ne sont point infaillibles sur des faits non révélés. Et y a-t-il quelqu’un, si ce n’est les jésuites, qui le puisse soutenir ? Le contraire n’est-il pas aujourd’hui avoué de toute la terre ? Et n’était-il pas alors aussi vrai qu’il l’est maintenant ? Il est donc constant que ces filles ne refusaient de signer que parce qu’elles craignaient de faire un mensonge. Mais leur délicatesse sur cela était si grande que, quelque tour que les grands-vicaires eussent donné à leur premier mandement, plusieurs religieuses néanmoins, sur la seule peur d’être obligées de le signer, tombèrent malades ; et il prit à la sœur de M. Pascal une fièvre dont elle mourut[1]. Les autres ne consentirent à signer qu’après avoir mis à la tête de leurs souscriptions deux ou trois lignes qui portaient qu’elles embrassaient absolument et sans réserve la foi de l’Église catholique, qu’elles condamnaient toutes les erreurs qu’elle condamne, et que leur signature était un témoignage de cette disposition.

On peut juger par là de l’effet que fit sur elles le second mandement. « Que veut-on de nous davantage ? disaient-elles aux grands-vicaires. N’avons-nous pas

  1. Le 4 octobre 1661, à l’âge de 36 ans.