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sorte, causé la ruine de leur maison, il est bon de dire ici d’où venait en elles une si grande délicatesse de conscience.

Les religieuses de Port-Royal, comme j’ai dit, et comme il paraît par la carte de visite que j’ai rapportée, n’avaient originairement aucune connaissance des matières contestées. Leurs directeurs ne les en entretenaient point, et ne leur en avaient appris que ce qui était absolument nécessaire pour leur salut. Mais en récompense ils les avaient instruites à fond des devoirs de leur profession et des maximes de l’Évangile. On leur avait fortement imprimé dans l’esprit ces grands principes de saint Paul et de saint Augustin, « qu’il n’est point permis de pécher pour quelque occasion que ce soit ; qu’il vaudrait mieux s’exposer à tous les plus grands supplices que de faire un léger mensonge ; que Dieu et la vérité n’étant qu’un, on ne saurait la blesser sans le blesser lui-même ; qu’on ne peut point déposer d’un fait dont on n’est point instruit ; et que d’attester qu’on croit ce qu’on ne croit pas est un crime horrible devant Dieu et devant les hommes. » Surtout on leur avait inspiré une extrême horreur pour toutes ces restrictions mentales et pour toutes ces fausses adresses inventées par les casuistes modernes dans la vue de pallier le mensonge et d’éluder la vérité. Cela étant, on peut aisément concevoir d’où venait la répugnance de ces