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et enfin par les grands talents de son esprit, d’être comparée aux plus saintes fondatrices.

Le bruit de sa mort s’étant répandu, et son corps ayant été le lendemain, vers le soir, exposé à la grille[1], selon la coutume, l’église fut en un moment pleine d’une foule de peuple, qui venaient bien moins en intention de prier pour elle que de se recommander à ses prières. Ils demandaient tous avec instance qu’on fît toucher à cette Mère, les uns leur chapelet et leurs médailles, les autres leurs Heures, quelques-uns même leurs mouchoirs, qu’ils présentaient tout trempés de leurs larmes. On en fit d’abord quelque difficulté ; mais, ne pouvant résister à leur empressement, deux sœurs ne firent autre chose tout ce soir, et le lendemain depuis le point du jour jusqu’à son enterrement, que de recevoir et de rendre ce qu’on passait ; et on voyait tout ce peuple baiser avec transport les choses qu’on leur rendait, l’appelant, les uns leur bonne mère, les autres la mère des pauvres. Il n’y eut pas jusqu’aux ecclésiastiques qui entrèrent pour l’enterrer qui ne purent s’empêcher, quoiqu’ils ne fussent point de la maison, de lui baiser les mains comme celles d’une sainte. Dieu a bien voulu confirmer cette

  1. Entre le chœur des religieuses et la partie de l’église accessible aux fidèles. Aujourd’hui cet endroit est muré ; le chœur des religieuses est devenu la lingerie de la Maternité ; la Mère Angélique repose sous des piles de draps ! La grande réformatrice de Port-Royal est morte le 6 août 1661.