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la voyait dans un recueillement continuel, toujours les yeux levés vers le ciel, et n’ouvrant la bouche que pour adresser à Dieu des paroles courtes et enflammées, la plupart tirées des psaumes et des autres livres de l’Écriture.

La veille de sa mort, les médecins jugeant qu’elle ne pouvait plus aller guère loin, on lui apporta, pour la troisième fois, comme j’ai déjà dit, le saint viatique. Bien loin de se plaindre de n’être pas secourue en cette occasion par les ecclésiastiques en qui elle avait eu tant de confiance, elle remercia Dieu de ce qu’elle mourait pauvre de tout point, et également privée des secours spirituels et des temporels. Elle reçut le viatique avec tant de marques de paix, de fermeté et d’anéantissement que, longtemps après sa mort, les religieuses disaient que pour s’exciter à communier dignement, elles n’avaient qu’à se représenter la manière édifiante dont leur sainte Mère avait communié devant elles. Bientôt après elle entra dans l’agonie, qui fut d’abord très douloureuse ; mais enfin toutes ses souffrances se terminèrent en une espèce de léthargie, pendant laquelle elle s’endormit du sommeil des justes, le soir du sixième d’août, jour de la Transfiguration, âgée de soixante-dix ans moins deux jours. Fille véritablement illustre, et digne, par son ardente charité envers Dieu et envers le prochain, par son extrême amour pour la pauvreté et pour la pénitence,