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mois, on fut obligé de lui apporter trois fois le saint viatique.

Mais la plus rude de toutes les épreuves, tant pour elle que pour toute la communauté, ce fut l’éloignement de M. Singlin et des autres confesseurs, du nombre desquels étaient M. de Sacy et M. de Sainte-Marthe, deux des plus saints prêtres qui fussent alors dans l’Église. Il y avait plus de vingt ans que la Mère Angélique se confessait à M. Singlin, et l’on peut dire qu’après Dieu elle avait remis en lui toute l’espérance de son salut. On peut juger combien il lui fut sensible d’être privée de ses lumières et de ses consolations, dans un temps où elles lui étaient si nécessaires, surtout sentant approcher l’heure de sa mort. Cependant elle supporta cette privation si douloureuse avec la même résignation que tout le reste ; et voyant ses religieuses qui s’affligeaient de n’avoir plus personne pour les conduire, et qui se regardaient comme des brebis sans pasteur : « Il ne s’agit pas, leur disait-elle, de pleurer la perte que vous avez, faite en la personne de ces vertueux ecclésiastiques, mais de mettre en œuvre les saintes instructions qu’ils vous ont données. Croyez-moi, mes filles, nous avions besoin de toutes les humiliations que Dieu nous envoie. Il n’y avait point de maison en France plus comblée des biens spirituels que la nôtre, ni où il y eût plus de connaissance de la vérité ; mais il eût