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ceau, et ne pouvait oublier avec quels sentiments de piété leurs parents, qui avaient fait beaucoup de bien à la maison, les lui avaient autrefois recommandées pour en faire des offrandes dignes d’être consacrées à Dieu dans son monastère. Elles étaient sur le point d’y prendre l’habit, et attendaient ce jour avec beaucoup d’impatience.

L’heure étant venue qu’il fallait qu’elles sortissent, la Mère Angélique, qui sentit son cœur se déchirer à cette séparation, et que sa fermeté commençait à s’ébranler, tout à coup s’adressa à Dieu pour le prier de la soutenir, et prit la résolution de les mener elle-même à la porte, où leurs parents les attendaient. Elle les leur remit entre les mains avec tant de marques de constance que Mme de Chevreuse, qui venait quérir Mlles de Luynes, ne put s’empêcher de lui faire compliment sur son grand courage. « Madame, lui dit la Mère d’un ton qui acheva de la remplir d’admiration, tandis que Dieu sera Dieu, j’espérerai en lui, et ne perdrai point courage. » Ensuite, s’adressant à Mlle de Luynes l’aînée, qui fondait en larmes : « Allez, ma fille, lui dit-elle, espérez en Dieu, et mettez en lui votre confiance. Nous nous reverrons ailleurs, où il ne sera plus au pouvoir des hommes de nous séparer. »

Mais dans tous ces combats de la foi et de la nature, à mesure que la foi prenait le dessus, à mesure aussi