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nius ; mais ils ne convenaient pas dans la manière de tourner la chose. Le Père Annat prétendait que les papes étant infaillibles aussi bien sur le fait que sur le droit, on ne pouvait nier sans hérésie un fait que le pape avait décidé. Mais cela n’accommodait pas M. de Toulouse, qui avait soutenu très fortement l’opinion contraire dans ses livres ; et cela, fondé sur l’autorité de tout ce qu’il y a de plus habiles écrivains, de ceux même qui sont le plus attachés à la cour de Rome, tels que les cardinaux Baronius, Bellarmin, Palavicin, le Père Petau et plusieurs autres savants jésuites, qui tous ont enseigné que l’Église n’exige point la créance des faits non révélés, et qui n’ont point fait difficulté de contester des faits très importants, décidés dans des conciles généraux. Les censeurs mêmes de la seconde lettre de M. Arnauld, quelque animés qu’ils fussent contre la personne, n’avaient qualifié que de téméraire la proposition de ce docteur où il disait qu’il n’avait point trouvé dans Jansénius les propositions condamnées. Les jansénistes donc ne pouvaient, même selon leurs ennemis, être traités tout au plus que de téméraires ; et le Père Annat voulait qu’ils fussent déclarés hérétiques.

Dans cet embarras, M. de Marca s’avisa d’un expédient dont il s’applaudit fort. Il prétendit que le fait de Jansénius était un fait certain, d’une nature particulière, et qui était tellement lié avec le droit qu’ils