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faire. Le chancelier[1], qui était présent, déclara qu’il avait refusé le privilège de ce livre. Enfin le roi, après avoir exigé des curés qu’ils se contenteraient de s’adresser aux juges ecclésiastiques, leur promit d’envoyer ses ordres en Sorbonne, pour y examiner l’Apologie. Le roi tint parole ; et toutes les brigues des jésuites et des docteurs de leur parti ne purent empêcher que la Faculté ne fît une censure, et que cette censure ne fût publiée. Les grands-vicaires de Paris en publièrent aussi une de leur côté ; et, presque en même temps, plus de trente archevêques et évêques, quelques-uns même de ceux que les jésuites croyaient le plus dans leur dépendance, foudroyèrent à l’envie et l’Apologie et la méchante morale des casuistes.

Les jésuites perdaient patience pendant ce soulèvement si universel ; mais ils ne purent jamais se résoudre à désavouer l’Apologie. Le Père Annat fit plusieurs écrits contre les curés, et il les traita avec la même hauteur que les jésuites traitent ordinairement leurs adversaires. Mais ceux-ci le réfutèrent courageusement, et le couvrirent de confusion sur tous les points dont il les voulait accuser. D’autres jésuites s’attaquèrent aux évêques mêmes, et écrivirent contre leurs censures. Ils publiaient hautement que ce n’était point aux évêques à prononcer sur de telles matières,

  1. Séguier.