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une multitude infinie de maximes abominables et qui tendaient à ruiner toute la morale de Jésus-Christ.

On avait déjà fait plusieurs écrits contre ces maximes, et l’Université avait présenté plusieurs requêtes au Parlement, pour intéresser la puissance séculière à réprimer l’audace de ces nouveaux docteurs. Cela n’avait pas néanmoins produit un fort. grand effet. Car ces écrits, quoique très solides, étant fort secs, n’avaient été lus que par très peu de personnes. On les avait regardés comme des traités de scolastique dont il fallait laisser la connaissance aux théologiens ; et les jésuites, par leur crédit, avaient empêché toutes les requêtes d’être répondues. Mais M. Pascal, venant à traiter cette matière avec sa vivacité merveilleuse et cet heureux agrément que Dieu lui avait donné, fit un éclat prodigieux, et rendit bientôt ces misérables casuistes l’horreur et la risée de tous les honnêtes gens.

On peut juger de la consternation où ces Lettres jetèrent les jésuites par l’aveu sincère qu’ils en font eux-mêmes. Ils confessent dans une de leurs réponses que les exils, les emprisonnements, et tous les plus affreux supplices n’approchent point de la douleur qu’ils eurent de se voir moqués et abandonnés de tout le monde ; en quoi ils font connaître tout ensemble, et combien ils craignent d’être méprisés des hommes, et combien ils sont attachés à soutenir leurs méchants