Page:Racine - Abrégé de l’histoire de Port-Royal, éd. Gazier, 2e éd.djvu/103

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


fluxion qu on ne pouvait lui toucher ce côté de la tête sans lui faire beaucoup de douleur. On ne pouvait la regarder sans une espèce d’horreur ; et la matière qui sortait de cet ulcère était d’une puanteur si insupportable que, de l’avis même des chirurgiens, on avait été obligé de la séparer des autres pensionnaires, et de la mettre dans une chambre à part avec une de ses compagnes beaucoup plus âgée, en qui on trouva assez de charité pour vouloir bien lui tenir compagnie. On l’avait fait voir à tout ce qu’il y avait d’oculistes, de chirurgiens, et même d’opérateurs plus fameux. Mais les remèdes ne faisant qu’irriter le mal, comme on craignait que l’ulcère ne s’étendît enfin sur tout le visage, trois des plus habiles chirurgiens de Paris, Cressé, Guillard et Dalencé, furent d’avis d’y appliquer au plus tôt le feu. Leur avis fut envoyé à M. Perrier, qui se mit aussitôt en chemin pour être présent à l’opération, et on attendait de jour à autre qu’il arrivât.

Cela se passa dans le temps que l’orage dont j’ai parlé était tout prêt d’éclater contre le monastère de Port-Royal. Les religieuses y étaient dans de continuelles prières ; et l’abbesse d’alors, qui était cette même Marie des Anges qui l’avait été de Maubuisson, l’abbesse, dis-je, était dans une espèce de retraite où elle ne faisait autre chose jour et nuit que lever les mains au ciel, ne lui restant plus