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Page:Rabelais marty-laveaux 03.djvu/171

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CHAPITRE XLII. 163

nus en Cilicie^ lequel voyant Alexandre Macedon tant beau, tant clair, & tant froid en cœur d’efté, compofa la volupté de foy dedans baigner, au mal qu’il preuoyoit luy aduenir de ce tranlitoire plaifir. Ha ! dift Bacbuc, voila que c’eft, non confiderer en foy, n’entendre les mouuemens que faict la langue mufculeufe, lors que le boire defTus coule pour def- cendre en l’eftomac. Gens peregrins, auez vous les gofiers enduits, pauez & efmaillez, comme eut iadis Pythillus, dit Theutes, que de cefte liqueur deifique onques n’auez le gouft de faueur recongneu ? ap- portez icy, dift à fes damoifelles, mes delcrottoires que fçauez, à fin de leur racler, efmonder, & nettoyer le palat.

Furent donques apportez beaux, gros & ioyeux iambons, belles, grofTes & ioyeufes langues de bœuf fumées, faumades belles & bonnes, ceruelats, bou- targues, bonnes & belles fauciiïes de venaifon, & tels autres ramonneurs de gofier : par fon commande- ment nous en mangeafmes iufques là, que confef- fions nos eftomachs eftre trefbien efcurez de Ibit nous importunant aiïez fafcheufement. Donc nous dift : iadis vn Capitaine luif dofte & cheualeureux, conduifant fon peuple par les defers en extrême famine, impetra des cieux la manne laquelle leur eftoit de gouft tel par imagination que parauant realement leur eftoient les viandes : Icy de mefmes beuuans de cefte liqueur mirifique fentirez gouft de tel vin, comme l’aurez imaginé. Or imaginez, & beuuez. Ce que nous fifmes : puis s’efcria Panurge difant, Par dieu, c"eft ici vin de beaune, meilleur qu’onques iamais ie beus, ou ie me donne à nonante & feize diables. O pour plus longuement le goufter, qui auroit le col long de trois coudées, comme defi-