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chapitre xv.


restaurer par bon pain, bon vin, bonnes viandes : puys soy quelque peu esbaudir, coucher, & reposer, pour au lendemain estre frays & alaigres au labeur comme davant. Ainsi font les Faulconniers quand ilz ont peu leurs oizeaulx, ilz ne les font voler sus leurs guorges : ilz les laissent enduire sus la perche. Ce que tresbien entendit le bon Pape premier instituteur des ieusnes. Il ordona qu’on ieusnast iusques à l’heure de Nones, le reste du iour feut mis en liberté de repaistre. On temps iadis peu de gens dipnoient, comme vous diriez les moines & chanoines, aussi bien n’ont ilz autre occupation, tous les iours leurs sont festes : & observent diligemment un proverbe claustral, de missa ad mensam : & ne differeroient seulement attendans la venue de l’Abbé, pour soy enfourner à table : là en baufrant attendent les moines l’Abbé, tant qu’il vouldra, non aultrement ne en aultre condition : mais tout le monde souppoit, exceptez quelques resveurs songears, dont est dicte la cene comme cœne, c’est à dire à tous commune. Tu le sçaiz bien frere Ian. Allons mon amy de par tous les Diables allons. Mon estomach abboye de male faim comme un Chien. Iectons luy force souppes en gueule pour l’appaiser : à l’exemple de la Sibylle envers Cerberus. Tu aymes les souppes de prime : plus me plaisent les souppes de Levrier, associées de quelque pièce de laboureur sallé à neuf leçons.

Ie te entends (respondit frère Ian). Ceste metaphore est extraicte de la marmite claustrale. Le laboureur c’est le beuf, qui laboure ou a labouré : à neuf leçons, c’est à dire cuyt à perfection. Car les bons pères de religion par certaine Caballisticque institution des anciens, non escripte, mais baillée de main en main soy levans, de mon temps, pour ma-