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Page:Rabelais marty-laveaux 02.djvu/423

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chapitre lii.


advint un cas merveilleux. Vous en croyrez ce que vouldrez.

Du cousté de la Transmontane advola un grand, gras, gros, gris pourceau ayant aesles longues & amples comme sont les aesles d’un moulin à vent. Et estoit le pennaige rouge cramoisy, comme est d’un Phœnicoptère : qui en Languegoth est appellé Flammant. Les œilz avoit rouges & flamboyans, comme un Pyrope. Les aureilles verdes comme une Esmeraulde prassine : les dens iaulnes comme un Topaze : la queue longue noire comme marbre Lucullian : les pieds blancs, diaphanes & transparens, comme un Dimant : & estoient largement pattez, comme sont des Oyes, & comme iadis à Tholose les portoit la royne Pedaucque. Et avoit un collier d’or au coul, au tour du quel estoient quelques letres Ionicques, des quelles ie ne peuz lire que deux motz, ϒΣ ΑΘΗΝΑΝ. Pourceau Minerve enseignant. Le temps estoit beau & clair. Mais à la venue de ce monstre il tonna du cousté guausche si fort, que nous restames tous estonnez. Les Andouilles soubdain que l’apperceurent iectèrent leurs armes & bastons, & à terre toutes se agenouillèrent, levantes hault leurs mains ioinctes sans mot dire, comme si elles le adorassent. Frère Ian avecques ses gens frappoit tousiours & embrochoit Andouilles. Mais par le commendement de Pantagruel feut sonnée retraicte, & cessèrent toutes armes. Le monstre ayant plusieurs foys volé & revolé entre les deux armées iecta plus de vingt & sept pippes de moustarde en terre : puys disparut volant par l’air & criant sans cesse. Mardigras, Mardigras, Mardigras.