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Page:Rabelais marty-laveaux 02.djvu/399

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chapitre i.


estoit sans comparaison plus admirable. Car avecques ses horribles piles, & dards (les quelz proprement ressembloient aux grosses poultres sus les quelles sont les pons de Nantes, Saulmur, Bergerac, & à Paris les pons au Change & aux Meusniers soustenuz, en longueur, grosseur, poisanteur & ferrure) de mil pas loing il ouvroit les huytres en escalle sans toucher les bords : il esmouchoit une bougie sans l’extaindre : frappoit les Pies par l’œil : dessemeloit les bottes sans les endommaiger : deffourroit les barbutes sans rien guaster : tournoit les feuilletz du breviaire de frère Ian l’un après l’aultre sans rien dessirer. Avecques telz dards, des quelz estoit grande munition dedans sa nauf, au premier coup il enferra le Physetère sus le front de mode qu’il luy transperça les deux maschouoires & la langue, si que plus ne ouvrit la gueule, plus ne puysa, plus ne iecta eau. Au second coup il luy creva l’œil droict : Au troizième l’œil guausche. Et feut veu le Physetère en grande iubilation de tous porter ces troys cornes au front quelque peu panchantes davant, en figure triangulaire æquilaterale : & tournoyer d’un cousté & d’aultre, chancellant & fourvoyant, comme estourdy, aveigle, & prochain de mort. De ce non content luy en darda un aultre sus la queue panchant pareillement en arrière. Puys troys aultres sus l’eschine en ligne perpendiculaire, par esquale distance de queue & bac troys foys iustement compartie. En fin luy en lança sus les flancs cinquante d’un cousté, & cinquante de l’aultre. De manière que le corps du Physetère sembloit à la quille d’un guallion à troys gabnies emmortaisées par competente dimension de ses poultres, comme si feussent cosses & porte hausbancs de la carine. Et estoit chose moult plaisante à veoir.