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Page:Rabelais marty-laveaux 02.djvu/313

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chapitre x.


il advient, car il ne advuient toutes & quantes foys qu’on le soubhayte. A ceste remonstrance après boyre vingt & cinq ou trente foys par home, Panigon nous donna congié. Pantagruel retournant au port & ne voyant frère Ian, demandoit quelle part il estoit, & pourquoy n’estoit ensemble la compaignie. Panurge ne sçavoit comment l’excuser, & vouloit retourner au chasteau pour le appeller, quand frère Ian accourust tout ioyeulx, & s’escria en grande guayeté de cœur disant.

Vive le noble Panigon. Par la mort beuf de boys il rue en cuisine. I’en viens, tout y va par escuelles. I’esperoys bien y cotonner à profict & usaige monachal le moulle de mon gippon.

Ainsi mon amy (dist Pantagruel) tousiours à ses cuisines.

Corpe de galline (respondit frère Ian) i’en sçay mieulx l’usaige & cerimonies, que de tant chiabrener avecques ces femmes, magny, magna, chiabrena, reverence, double, reprinze, l’accollade, la fressurade, baise la main de vostre mercy, de vostre maiesta, vous soyez. Tarabin, tarabas. Bren, c’est merde à Rouan. Tant chiasser, & vreniller. Dea, ie ne diz pas que ie n’en tirasse quelque traict dessus la lie, à mon lourdois : qui me laissast insinuer ma nomination. Mais ceste brenasserie de reverences me fasche plus qu’un ieune diable. Ie voulois dire, un ieusne double. Sainct Benoist n’en mentit iamais. Vous parlez de baiser damoizelles, par le digne & sacré froc que ie porte, voluntiers ie m’en deporte, craignant que m’advieigne ce que advint au seigneur de Guyercharois.

Quoy ? demanda Pantagruel. Ie le congnois. Il est de mes meilleurs amis.

Il estoit, dist frère Ian, invité à un sumptueux & magnificque bancquet, que faisoit un sien parent & voysin : au quel estoient pareillement invitez tous les gentilz hommes, dame,