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Page:Rabelais marty-laveaux 02.djvu/290

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le quart livre.


venue de vostre escuyer Malicorne. Car ie n’esperoys aulcun veoir de vos domesticques, ne de vous nouvelles ouyr avant la fin de cestuy nostre voyage. Et facilement acquiesçoys en la doulce recordation de vostre auguste maiesté, escripte, voyre certes insculpée & engravée on posterieur ventricule de mon cerveau : souvent au vif me la representant en sa propre & naifve figure.

Mais puys que m’avez prevenu par le benefice de vos gratieuses letres, & par la creance de vostre escuyer mes espritz recréé en nouvelles de vostre prosperité & santé, ensemble de toute vostre royale maison, force m’est que par le passé m’estoit voluntaire, premierement louer le benoist Servateur : lequel par sa divine bonté vous conserve en ce long teneur de santé perfaicte : secondement vous remercier sempiternellement de ceste fervente & inveterée affection que à moy portez vostre treshumble filz & serviteur inutile. Iadis un Romain nommé Furnius dist à Cæsar Auguste recepvant à grace & pardon son père, lequel avoit suyvy la faction de Antonius. Auiourd’huy me faisant ce bien, tu me as reduict en telle ignominie, que force me sera vivant mourant estre ingrat reputé par impotence de gravité. Ainsi pourray ie dire que l’excès de vostre paternelle affection me range en ceste angustie & necessité, qu’il me conviendra vivre & mourir ingrat. Si non que de tel crime soys relevé par la sentence des Stoiciens : lesquelz disoient troys parties estre en benefice. L’une du donnant, l’aultre du recepvant, la tierce du recompensant : & le recepvant tresbien recompenser le donnant, quand il accepte voluntiers le bienfaict, & le retient en soubvenance perpetuelle. Comme au rebours le recepvant estre le plus ingrat du monde, qui mes-