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Page:Rabelais marty-laveaux 02.djvu/287

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chapitre iii.


de leurs amis & alliez malades : & ainsi des aultres. Ilz prenoient le Gozal, & par les postes le faisoient de main en main iusques sus les lieux porter, dont ilz affectoient les nouvelles. Le Gozal portant bandelette noire ou blanche scelon les occurrences & accidens, les houstoit de pensement à son retour, faisant en une heure plus de chemin par l’air, que n’avoient faict par terre trente postes en un iour naturel. Cela estoit rachapter & guaigner temps. Et croyez comme chose vraysemblable, que par les colombiers de leurs cassines, on trouvoit sus œufz ou petitz, tous les moys & saisons de l’an, les pigeons à foizon. Ce qui est facile en mesnagerie, moyennant le Salpètre en roche, & la sacre herbe Vervaine.

Le Gozal lasché, Pantagruel leugt les missives de son père Gargantyua, des quelles la teneur ensuyt.

Filz trescher, l’affection que naturellement porte le pere à son filz bien aymé, est en mon endroict tant acreue, par l’esguard & reverence des graces particulières en toy par election divine posées, que depuys ton partement me a non une foys tollu tout aultre pensement. Me delaissant on cueur ceste unicque & soingneuse paour, que vostre embarquement ayt esté de quelque meshaing ou fascherie acompaigné : Comme tu sçays que à la bonne & syncère amour est craincte perpetuellement annexée. Et pour ce que scelon le dict de Hesiode, d’une chascune chose le commencement est la moytié du tout : & scelon le proverbe commun, à l’enfourner on faict les pains cornuz, i’ay paour de telle anxieté vuider mon entendement, expressement depesché Malicorne : à ce que par luy ie soys acertainé de ton portement sus