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Page:Rabelais marty-laveaux 02.djvu/123

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chapitre xxiii.


mée la mer Entommericque. Secondement sois quitte. Car les Diables ayment fort les quittes. Ie le sçay bien quant est de moy. Les paillars en cessent de mugueter, & me faire la court. Ce que ne souloient estant safrané & endebté. L’ame d’un home endebté est toute hecticque & discrasiée. Ce n’est viande à Diables. Tiercement avecques ton froc & ton domino de grobis retourne à Raminagrobis. En cas que trente mille batelées de Diables ne t’emportent ainsi qualifié, ie payeray pinthe & fagot. Et si pour la sceureté, tu veulx compaignie avoir, ne me cherchez pas, non. Ie t’en advise. Houstez vous de là. Ie n’y voys pas. Le diable m’emport si ie y voys.

Ie ne m’en souriroys (respondit frère Ian) pas tant par adventure que l’on diroyt, ayant mon bragmard on poing. Tu le prens bien (dist Panurge) & en parle comme docteur subtil en lard. On temps que i’estudiois à l’eschole de Tolete, le reverend père en Diable Picatris recteur de la faculté diabolologicque, nous disoit que naturellement les Diables craignent la splendeur des espées, aussi bien que la lueur du Soleil. De faict Hercules descendent en enfer à tous les Diables, ne leurs feist tant de paour ayant seulement sa peau de Lion, & sa massue, comme par après feist Æneas estant couvert d’un harnoys resplendissant, & guarny de son bragmard bien apoinct fourby & desrouillé à l’ayde & conseil de la Sibylle Cunnant. C’estoit (peut estre) la cause pourquoy le seigneur Ian Iacques Trivolse mourant à Chartres, demanda son espée, & mourut l’espée nue on poing, s’escrimant tout autour du lict, comme vaillant & chevalereux, & par ceste escrime mettant en fuyte tous les Diables qui le guettoient au passaige de la mort. Quand on demande aux Masso-