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Page:Rabelais marty-laveaux 02.djvu/122

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le tiers livre.


pinart rencontrant sus la riue frère Adam Couscoil Cordelier obseruantin de Myrebeau, luy promist vn habit en condition qu’il le passast oultre l’eau à la cabre morte sus ses espaules. Car c’estoit un puissant ribault. Le pacte feut accordé. Frère Couscoil se trousse iusques aux couilles, & charge à son dours comme vn beau petit sainct Christophe, ledict suppliant Dodin. Ainsi le portoit guayement, comme Æneas porta son père Anchises hort la conflagration de Troie, chantant vn bel Aue maris stella. Quand ilz feurent au plus parfond du gué, au dessus de la roue du moulin, il luy demanda, s’il avoit poinct d’argent sus luy. Dodin respondit, qu’il en auoit pleine gibessière, & qu’il ne se desfiast de la promesse faicte d’vn habit neuf. Comment (dist frère Couscoil) tu sçaiz bien que par chapitre exprès de nostre reigle il nous est riguoureusement defendu de porter argent sus nous. Malheureux es tu bien certes : qui me as faict pecher en ce poinct. Pourquoy ne laissas tu ta bourse au meusnier ? Sans faulte tu en seras præsentement puny. Et si iamais ie te peuz tenir en nostre chapitre à Myrebeau, tu auras du Miserere iusques à Vitulos. Soubdain se descharge, & vous iecte Dodin en pleine eau la teste au fond. A cestuy exemple, frère Ian mon amy doulx, affin que les Diables t’emportent mieulx à ton aise, baille moy ta bourse : ne porte croix aulcune sus toy. Le danger y est euident. Ayant argent, portant croix, ilz te iecteront sus quelques rochiers, comme les aigles iectent les tortues pour les casser, tesmoing la teste pelée du poëte Æschylus. Et tu te ferois mal, mon amy. I’en seroys bien fort marry : ou te laisseront tomber dedans quelque mer ie ne sçay où, bien loing, comme tomba Icarus. Et seroit par après nom-