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Page:Rabelais marty-laveaux 01.djvu/389

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Or, dist Pantagruel, reserve nous ces beaulx comptes à une aultre foys. Seulement dys nous comment y sont traictez les usuriers:

Adoncq dist Epistemon, Ie les veiz tous occupez à chercher les espingles rouillées & vieulx clous, parmy les ruisseaux des rues, comme vous voyez que font les coquins en ce monde. Mais le quintal de ses quinquailleries ne vault qu'ung boussin de pain, encores y en a il maulvaise depesche: par ainsi les pouvres malautruz sont aulcunesfoys plus de troys sepmaines sans manger morceau ny miette: & à travailler iour & nuict attendant la foire à venir: mais de ce travail et de malheureté y ne leur souvient point tant ilz sont mauldictz & inhumains, pourveu qu'au bout de l'an ilz gaingnent quelque meschant denier.

Or, dist Pantagruel, faisons ung transon de bonne chere, & beuvons ie vous en prie enfans: car il fait beau boire. Lors degainnerent flaccons à tas, & des munitions du camp feirent grand chere. Mais le pouvre roy Anarche ne se povoit esiouyr.

Dont dist Panurge, & de quel mestier ferons nous monsieur du Roy icy? affin que il soit ià tout expert à l'art quand il sera de par delà à tous les diables.

Vrayment, dist Pantagruel, c'est bien advisé à toy, or fays en à ton plaisir: ie te le donne. Grant mercy, dist Panurge, le present n'est pas de refus & l'ayme de vous.