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Page:Rabelais marty-laveaux 01.djvu/236

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bailler comme de main en main, ainsy que une religieuse Caballe ; car il y a plus de fruict que par adventure ne pensent un tas de gros talvassiers tous croustelevez, qui entendent beaucoup moins en ces petites joyeusetés que ne faict Raclet en l'Institute.

J'en ay congneu de haultz et puissans seigneurs en bon nombre, qui, allant à chasse de grosses bestes ou voller pour canes, s'il advenoit que la beste ne feust rencontrée par les brisées ou que le faulcon se mist à planer, voyant la proye gaigner à tire d'esle, ilz estoient bien marrys, comme entendez assez ; mais leur refuge de reconfort, et affn de ne soy morfondre, estoit à recoler les inestimables faictz dudict Gargantua.

Aultres sont par le Monde (ce ne sont fariboles) qui, estans grandement affligez du mal des dentz, après avoir tous leurs biens despenduz en medicins sans en rien profiter, ne ont trouvé remede plus expedient que de mettre lesdictes Chronicques entre deux beaulx linges bien chaulx et les appliquer au lieu de la douleur, les sinapizand avecques un peu de pouldre d'oribus.

Mais que diray je des pauvres verolez et goutteux ? O, quantes foys nous les avons veu, à l'heure que ilz estoyent bien oingtz et engressez à poinct, et le visaige leur reluysoit comme la claveure d'un charnier, et les dentz leur tressailloyent commefont les marchettes d'un clavier d'orgues ou d'espinette quand on joue dessus, et que le gosier leur escumoit comme à un verrat que les vaultres ont aculé entre les toilles ! Que faisoyent-ilz alors ? Toute leur consolation n'estoit que de ouyr lire quelque page dudict livre, et en avons veu qui se donnoyent à cent pipes de vieulx diables en cas que ilz n'eussent senty allegement manifeste à la lecture dudict livre, lorsqu'on les tenoit es Iymbes, ny plus ny moins que les