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Page:Rabelais marty-laveaux 01.djvu/228

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Mesmes les grandz, de noble lieu sailliz,
De leurs subjectz se verront assailliz,
Et le debvoir d’honneur et reverence
Perdra pour lors tout ordre et difference,
Car ilz diront que chascun à son tour
Doibt aller hault et puis faire retour,
Et sur ce poinct aura tant de meslées,
Tant de discordz, venues et allées,
Que nulle histoyre, où sont les grands merveilles,
À faict recit d’esmotions pareilles.
Lors se verra maint homme de valeur,
Par l’esguillon de jeunesse et chaleur
Et croire trop ce fervent appetit,
Mourir en fleur et vivre bien petit.
Et ne pourra nul laisser cest ouvrage,
Si une fois il y met le couraige,
Qu’il n’ayt emply par noises et debatz
Le ciel de bruit et la terre de pas.
Alors auront non moindre authorité
Hommes sans foy que gens de verité ;
Car tous suyvront la creance et estude
De l’ignorante et sotte multitude,
Dont le plus lourd sera receu pour juge.
O dommaigeable et penible deluge !
Deluge, dy je et à bonne raison,
Car ce travail ne perdra sa saison
Ny n’en sera délivrée la terre
Jusques à tant qu’il en sorte à grand erre
Soubdaines eaux, dont les plus attrempez
En combatant seront pris et trempez,
Et à bon droict, car leur cueur, adonné
À ce combat, n’aura point perdonné
Mesme aux troppeaux des innocentes bestes,
Que de leurs nerfz et boyaulx deshonnestes
Il ne soit faict, non aux Dieux sacrifice,
Mais aux mortelz ordinaire service.