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Page:Rabelais marty-laveaux 01.djvu/191

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ma parolle. »

Adoncques dist Toucquedillon :

«  Seigneur, c’est luy veritablement qui m’a prins, est je me rends son prisonnier franchement.

— L’avez vous (dist Grandgousier au moynes) mis à rançon ?

— Non (dist le moyne). De cela je ne me soucie.

— Combien (dist Grandgousier) vouldriez vous de sa prinse ?

— Rien, rien (dist le moyne) ; cela ne me mène pas. »

Lors commenda Grandgousier que, present Toucquedillon, feussent contez au moyne soixante et deux mille saluz pour celles prinse, ce que feut faict ce pendent qu’on feist la collation au dict Toucquedillon, auquel demanda Grandgousier s’il vouloit demourer avecques luy, ou si mieulx aymoit retourner à son roy.

Toucquedillon respondit qu’il tiendroit le party lequel il luy conseilleroit.

«  Doncques (dist Grandgousier) retournez à vostre roy, et Dieu soit avecques vous. »

Puis luy donna une belle espée de Vienne, avecques le fourreau d’or faict à belles vignettes d’orfeveries, et un collier d’or pesant sept cens deux mille marcz, garny de fines pierreries à l’estimation de cent soixante mille ducatz, et dix mille escuz par present honorable. Après ces propos monta Toucquedillon sus son cheval. Gargantua, pour sa seureté, luy bailla trente hommes d’armes et six vingt archiers soubz la conduite de Gymnaste, pour le mener jusques es portes de La Roche Clermaud, si besoing estoit.

Icelluy departy, le moyne rendit à Grandgousier les soixante et deux mille salutz qu’il avoit repceu, disant :

«  Syre, ce n’est ores que vous doibvez faire telz dons. Attendez la fin de ceste guerre, car l’on ne sçait quelz affaires pourroient survenir, et guerre faicte sans bonne provision d’argent n’a q’un souspirail de vigueur.