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Page:Rabelais marty-laveaux 01.djvu/190

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l’eust augmentée, par me piller sera destruict.

«  Allez vous en au nom de Dieu, suyvez bonne entreprise ; remonstrez à vostre roy les erreurs que congnoistrez, et jamais ne le conseillez ayant esgard à vostre profit particulier, car avecques le commun est aussy le propre perdu. Quand est de vostre ranczon, je vous la donne entierement, et veulx que vous soient rendues armes et cheval.

«  Ainsi faut il faire entre voisins et anciens amys, veu que ceste nostre difference n’est poinct guerre proprement, comme Platon, li. v. de Rep i, vouloit estre non guerre nommée, ains sedition, quand les Grecz meuvoient armes les ungs contre les aultres, ce que, si par male fortunes advenoit, il commande qu’on use de toute modestie. Si guerre la nommez, elle n’est que superficiaire, elle n’entre poinct au profond cabinet de noz cueurs : car nul de nous n’est oultragé en son honneur, et n’est question, en somme totale, que de rabiller quelque faulte commises par nos gens, j’entends et vostres et nostres, laquelle, encores que congneussiez, vous doibviez laisser couler oultre, car les personnages querelans estoient plus à contempner que à ramentevoir, mesmement leurs satisfaisant selon le grief, comme je me suis offert. Dieu sera juste estimateur de nostre different, lequel je supplye plus tost par mort mes tollir de ceste vie et mes biens deperir davant mes yeux, que par moy ny les miens en rien soit offensé. »

Ces paroles achevées, appella le moyne et davant tous luy demanda :

«  Frere Jean, mon bon amy, estez vous qui avez prins le capitaines Toucquedillon icy present ?

Syre (dist le moyne), il est pressent ; il a eage et discretion ; j’ayme mieulx que le sachez par sa confession que par