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Page:Rabelais marty-laveaux 01.djvu/180

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en lieu de desespoir, parce que telle necessité luy multiplie sa force et accroist le couraige qui jà estoit deject et failly, et n’y a meilleur remede de salut à gens estommiz et recreuz que de ne esperer salut aulcun. Quantes victoires ont esté tollues des mains des vaincqueurs par les vaincuz, quand il ne se sont contentés de raison, mais ont attempté du tout mettre à internition et destruire totallement leurs ennemys, sans en vouloir laisser un seul pour en porter les nouvelles ! Ouvrez tousjours à voz ennemys toutes les portes et chemins, et plustost leurs faictes un pont d’argent affin de les renvoyer.

— Voyre, mais (dist Gymnaste) ilz ont le moyne.

— Ont ilz (dist Gargantua) le moyne ? Sus mon honneur, que ce sera à leur dommaige ! Mais, affin de survenir à tous azars, ne nous retirons pas encores ; attendons icy en silence, car je pense jà assez congnoistre l’engin de noz ennemys. Ils se guident par sort, non par conseil. »

Iceulx ainsi attendens soubz les noiers, ce pendent le moyne poursuyvoit, chocquant tous ceulx qu’il rencontroit, sans de nully avoir mercy, jusque à ce qu’il rencontra un chevalier qui portoit en crope un des pauvres pelerins. Et là, le voulent mettre à sac, s’escria le pelerin. « Ha, Monsieur le Priour, mon amy, Monsieur le Priour, sauvez moy, je vous en prie ! » Laquelle parolle entendue, se retournerent arriere les ennemys, et, voyans que là n’estoit que le moyne qui faisoit cest esclandre, le chargerent de coups comme on faict un asne de boys ; mais de tout rien ne sentoit, mesmement quand ilz frapoient sus son froc, tant il avoit la peau dure. Puis le baillerent à guarder à deux archiers, et, tournans bride, ne veirent personne contre eulx, dont existimerent que Gargantua estoit fuy avecques sa bande. Adoncques