Ouvrir le menu principal

Page:Rabelais marty-laveaux 01.djvu/176

Cette page n’a pas encore été corrigée


rien pour les champs ? Il luy mist un froc au col. Par le corps Dieu ! il n’eschappoit ny lievre ny regnard devant luy, et, que plus est, couvrit toutes les chiennes du pays, qui auparavant estoit esrené et de frigidis et maleficiatis. » Le moyne, disans ces parolles en cholere, passa soubz un noyer, tyrant vers la Saullaye, et embrocha la visiere de son heaulme à la roupte d’une grosse branche du noyer. Ce non obstant donna fierement des esperons à son cheval, lequel estoit chastouilleur à la poincte, en maniere que le cheval bondit en avant, et le moyne, voulant deffaire sa visiere du croc, lasche la bride et de la main se pend aux branches, ce pendent que le cheval se desrobe dessoubz luy Par ce moyen demoura le moyne pendent au noyer et criant à l’aide et au meurtre, protestant aussi de trahison. Eudemon premier l’aperceut et, appellant Gargantua : « Sire, venez et voyez Absalon pendu ! » Gargantua, venu, considera la contenence du moyne et la forme dont il pendoit, et dist à Eudemon : « Vous avez mal rencontré, le comparant à Absalon, car Absalon se pendit par les cheveux ; mais le moyne, ras de teste, s’est pendu par les aureilles.

— Aydez moy (dist le moyne), de par le diable ! N’est-il pas bien le temps de jazer ? Vous me semblez les prescheurs decretalistes, qui disent que quiconques voira son prochain en dangier de mort, il le doibt, sus peine d’excommunication trisulce, plustoust admonnester de soy confesser et mettre en estat de grace que de luy ayder. Quand doncques je les voiray tombez en la riviere et prestz d’estre noyez, en lieu de les aller querir et bailler la main, je leur feray un beau et long sermon de contemptu mundi et fuga seculi, et, lorsqu’