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Page:Rabelais marty-laveaux 01.djvu/157

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de la jument. Là feurent en pensement comment ilz pourroient passer, veu l’empeschement de ces cadavres. Mais Gymnaste dist :

«  Si les diables y ont passé, je y passeray fort bien.

— Les diables (dist Eudemon) y ont passé pour en emporter les ames damnées.

— Sainct Treignan ! (dist Ponocrates) par doncques consequence necessaire il y passera.

— Voyre, voyre (dist Gymnaste), ou je demoureray en chemin. »

Et, donnant des esperons à son cheval, passa franchement oultre, sans que jamais son cheval eust fraieur des corps mors ; car il l’avoit accoustumé (selon la doctrine de Ælian) à ne craindre les ames ny corps mors — non en tuant les gens comme Diomedes tuoyt les Traces et Ulysses mettoit les corps de ses ennemys es pieds de ses chevaulx, ainsi que raconte Homere, — mais en luy mettant un phantosme parmy son foin et le faisant ordinairement passer sus icelluy quand il luy bailloit son avoyne.

Les troys aultres le suibvirent sans faillir, excepté Eudemon, duquel le cheval enfoncea le pied droict jusques au genoil dedans la pance d’un gros et gras vilain qui estoit là noyé, à l’envers, et ne le povoit tirer hors ; ainsi demoureroit empestré jusques à ce que Gargantua du bout de son baston enfondrale reste des tripes du villain en l’eau, ce pendent que le cheval levoit le pied, et (qui est chose merveilleuse en hippiatrie) feut ledict cheval guery d’un surotqu’il avoit en celluy pied par l’atouchement des boyaux de ce gros marroufle.

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