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Page:Rabelais marty-laveaux 01.djvu/150

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par luy seroient mieulx advisez de tous affaires, ce qu’ilz feirent incontinent, et le trouverent en bonne deliberation de leur secourir, et feut de opinion que il envoyroit quelq’un de ses gens pour descouvrir le pays et sçavoir en quel estat estoient les ennemys, affin de y proceder par conseil prins scelon la forme de l’heure presente. Gymnaste se offrir d’y aller ; mais il feut conclud que pour le meilleur il menast avecques soy quelq’un qui congneust les voyes et destorses et les rivieres de l’entour. Adoncques partirent luy et Prelinguand, escuyer de Vauguyon, et sans effroy espierent de tous coustez. Ce pendent Gargantua se refraischit et repeut quelque peu avecques ses gens, et feist donner à sa jument un picotin d’avoyne : c’estoient soisante et quatorze muys troys boisseaux. Gymnaste et son compaignon tant chevaucherent qu’ilz rencontrerent les ennemys tous espars et mal en ordre, pillans et desrobans tout ce qu’ilz povoient ; et, de tant loing qu’ilz l’aperceurent, accoururent sus luy à la foulle pour le destrouser. Adonc il leurs cria : « Messieurs, je suys pauvre diable ; je vous requiers qu’ayez de moy mercy. J’ay encores quelque escu : nous le boyrons, car c’est aurum potabile, et ce cheval icy sera vendu pour payer ma bien venue ; cela faict, retenez moy des vostres, car jamais homme ne sceut mieulx prendre, larder, roustir et aprester, voyre, par Dieu ! demembrer et gourmander poulle que moy qui suys icy, et pour mon proficiat(b) je boy à tous bons compaignons. » Lors descouvrit sa ferriere et, sans mettre le nez dedans, beuvoyt assez honnestement. Les maroufles le regardoient, ouvrans la gueule d’un grand pied et tirans les langues comme levriers,