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Page:Rabelais marty-laveaux 01.djvu/142

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Adonc luy dict le bon homme :

«  Seigneur, pour vous retirer de tout ce debat et ouster toute excuse que ne retournez en nostre premiere alliance, nous vous rendons presentement les fouaces dont est la controverse. Cinq douzaines en prindrent noz gens ; elles furent très bien payées ; nous aymons tant la paix que nous en rendons cinq charrettes, desquelles ceste icy sera pour Marquet, qui plus se plainct. Dadvantaige, pour le contenter entierement, voylà sept cens mille et troys philippus que je luy livre, et, pour l’interest qu’il pourroit pretendre, je luy cede la mestayrie de la Pomardiere, à perpétuité, pour luy et les siens, possedable en franc alloy ; voyez cy le contract de la transaction. Et, pour Dieu, vivons dorenavant en paix, et vous retirez en vos terres joyeusement, cedans ceste place icy, en laquelle n’avez droict quelconques, comme bien le confessez, et amis comme par avant. »

Toucquedillon raconta le tout à Picrochole, et de plus envenima son couraige, luy disant :

«  Ces rustres ont belle paour. Par Dieu, Grandgousier se conchie, le pouvre beuveur ! Ce n’est son art aller en guerre, mais ouy bien vuider les flascons. Je suis d’opinion que retenons ces fouaces et l’argent, et au reste nous hastons de remparer icy et poursuivre nostre fortune. Mais pensent ilz bien avoir affaire à une duppe, de vous paistre de ces fouaces ? Voylà que c’est : le bon traictement et la grande familiarité que leurs avez par cy devant tenue vous ont rendu envers eulx comtemptible : oignez villain, il vous poindra ; poignez villain, il vous oindra.

— Çà, çà, çà, dist Picrochole, sainct Jacques, ilz en auront ! Faictes ainsi qu’avez dict.

— D’une chose, dist Toucquedillon, vous veux je advertir. Nous sommes icy assez mal avituaillez et pourveuz