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Page:Rabelais marty-laveaux 01.djvu/125

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Lors dist le prieur claustral :

«  Que fera cest hyvrogne icy ? Qu’on me le mene en prison. Troubler ainsi le service divin !

— Mais (dist le moyne) le service du vin, faisons tant qu’il ne soit troublé ; car vous mesmes, Monsieur le Prieur, aymez boyre du meilleur. Sy faict tout homme de bien ; jamais homme noble ne hayst le bon vin : c’est un apophthegme monachal. Mais ces responds que chantez ycy ne sont, par Dieu ! poinct de saison.

«  Pourquoy sont noz heures en temps de moissons et vendenges courtes ; en l’advent et tout hyver longues ? Feu de bonne memoire Frere Macé Pelosse, vray zelateur (ou je me donne au diable) de nostre religion, me dist, il m’en soubvient, que la raison estoit affin qu’en ceste saison nous facions bien serrer et faire le vin, et qu’en hyver nous le humons.

«  Escoutez, Messieurs, vous aultres qui aymez le vin : le corps Dieu, sy me suibvez ! Car, hardiment, que sainct Antoine me arde sy ceulx tastent du pyot qui n’auront secouru la vigne ! Ventre Dieu, les biens de l’Eglise ! Ha, non, non ! Diable ! sainct Thomas l’Angloys voulut bien pour yceulx mourir : si je y mouroys, ne seroys je sainct de mesmes ? Je n’y mourray jà pourtant, car c’est moy qui le foys es aultres. »

Ce disant, mist bas son grand habit et se saisist du baston de la croix, qui estoit de cueur de cormier, long comme une lance, rond à plain poing et quelque peu semé de fleurs de lys, toutes presque effacées. Ainsi sortit en beau sayon, mist son froc en escharpe et de son baston de la croix donna sy brusquement sus les ennemys, qui, sans ordre, ne enseigne,